Tant que vivray

Sur un texte de Clément Marot :

Tant que vivray en age florissant,
Je serviray Amour le dieu puissant,
En faictz en dictz, en chansons et accords.
Par plusieurs jours m’a tenu languissant,
Mais après dueil m’a faict resjouissant,
Car j’ay l’amour de la belle au gent corps.
Son alliance, c’est ma fiance,
Son coeur est mien, le mien est sien:
Fi de tristesse! Vive liesse,
puisqu’en amours a tant de bien!

Quand je la veulx servir et honorer,
Quand par escriptz vault son nom decorer,
Quand je la veoy et visite souvent,
Les envieux n’en font que murmurer,
Mais nostre amour n’en saurait moins durer,
Autant ou plus en emporte le vent.
Maulgré envie toute ma vie
Je l’aimerai et chanterai:
c’est la première, c’est la dernière,
que j’ai servie et serviray.

La chanson de Sermisy a été publiée par Pierre Attaignant en 1528 [Trente et sept chansons musicales a quatre parties nouvellement et correctement imprimées a Paris par Pierre Attaingnant demourant à la rue de la Harpe pres l’eglise saint Cosme].

La partition est ici : Tant que vivrai (2003 Jean-Luc Roth).

La blanche est à environ 90, si vous voulez régler votre métronome 😉
Pour travailler :

Je n’ai pas trouvé d’interprétation vocale a cappella convaincante ;-(

Version instrumentale :

Version au luth d’après les tablatures d’Attaignant :


Changeons propos

Texte de Clément Marot (1496 – 1544)

Changeons propos, c'est trop chanté d'amours,
Ce sont clamours, chantons de la serpette:
Tous vignerons ont à elle recours,
C'est leur secours pour tailler la vignette;
Ô serpillette, ô la serpillonnette,
La vignollette est par toy mise sus,
Dont les bons vins tous les ans sont yssus!

Le dieu Vulcain, forgeron des haultz dieux,
Forgea aux cieulx la serpe bien taillante,
De fin acier trempé en bon vin vieulx,
Pour tailler mieulx et estre plus vaillante.
Bacchus la vante, et dit qu'elle est seante
Et convenante à Noé le bon hom
Pour en tailler la vigne en la saison.

Bacchus alors chappeau de treille avoit,
Et arrivoit pour benistre la vigne;
Avec flascons Silenus le suyvoit,
Lequel beuvoit aussi droict qu'une ligne;
Puis il trepigne, et se faict une bigne;
Comme une guigne estoit rouge son nez;
Beaucoup de gens de sa race sont nez.

Musique

Une partition est accessible ici : SERMISY Changeonspropos, en attendant l’édition Chocoreg…



Vous perdez temps

Faussement attribué à Thomas Crecquillon (1505-1557), cette mise en musique du poème de Clément Marot (1496-1544) est de Claudin de Sermisy (1495-1562)…

Le texte

Vous perdez temps de me dire mal d’elle,
Gens qui voulez divertir mon entente:
Plus la blâmez, plus je la trouve belle.
S’ébahist on, si tant je m’en contente?:

La fleur de sa jeunesse
A votre avis rien n’est ce?
N’est ce rien que ses grâces?
Cessez vos grands audaces,

Car mon Amour vaincra votre médire:
Tel en médict, qui pour soi la désire.

La musique

Vous perdez temps de me dire mal d’elle
pour ceux qui aiment jouer avec les clés et veulent une restitution scientifique : vousperdez

Séquence(s) audio pour plus tard 😉 … ce que j’ai entendu pour l’instant est vraiment trop moche ;-(