Changeons propos

Texte de Clément Marot (1496 – 1544)

Changeons propos, c'est trop chanté d'amours,
Ce sont clamours, chantons de la serpette:
Tous vignerons ont à elle recours,
C'est leur secours pour tailler la vignette;
Ô serpillette, ô la serpillonnette,
La vignollette est par toy mise sus,
Dont les bons vins tous les ans sont yssus!

Le dieu Vulcain, forgeron des haultz dieux,
Forgea aux cieulx la serpe bien taillante,
De fin acier trempé en bon vin vieulx,
Pour tailler mieulx et estre plus vaillante.
Bacchus la vante, et dit qu'elle est seante
Et convenante à Noé le bon hom
Pour en tailler la vigne en la saison.

Bacchus alors chappeau de treille avoit,
Et arrivoit pour benistre la vigne;
Avec flascons Silenus le suyvoit,
Lequel beuvoit aussi droict qu'une ligne;
Puis il trepigne, et se faict une bigne;
Comme une guigne estoit rouge son nez;
Beaucoup de gens de sa race sont nez.

Musique

Une partition est accessible ici : SERMISY Changeonspropos, en attendant l’édition Chocoreg…



L’Horloge (Baudelaire)

Mise en musique du poème intitulé « L’Horloge », que Baudelaire publia dans L’artiste du 15 octobre 1860 et qui fut intégré dans la seconde édition des Fleurs du Mal (1861), sous le n°LXXXV.

Texte

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! « 

Musique

La partition est ici (sur quatre lignes : sopranes, mezzos, alti, barytons).
ATTENTION : pour le confort vocal des sopranes, la pièce a été descendue d’un ton. Ce qui donne cette partition – que nous suivrons.

Distribution (à compléter)

(lorsque la chanson passe à trois voix, mes.70-91, les chanteuses de la ligne 2 se répartissent sur les deux lignes limitrophes – ce qui est indiqué entre crochets)
  1. Arlette, Coralie, Marie-Hélène, Thérèse
  2. Agnès[3], BrigitteD[1], CatherineB[1], Marie-Françoise[3], Yvette[1]
  3. BrigitteB, Chantal, Christine, Dominique, Marie-Noëlle, Marthe
  4. Éric, François, Karine, Ludovic, Patrice, Philippe & Fils

Fichiers sonores

La voix désignée est jouée par un instrument qui ressort, les autres voix (flûtées) permettent d’entendre la globalité de la pièce et donc de situer sa propre voix dans l’ensemble…
Attention : ces fichiers débitent les notes avec une régularité qui efface toute souci d’interprétation (respiration entre les phrases, nuances dynamiques, etc.). Ils doivent donc être utilisés pour ce qu’ils sont : une aide à l’apprentissage « solfégique ». Par ailleurs ces fichiers ne sont pas exempts de quelques ratés (cf. le début !).

dans le ton original

un ton en dessous



En l’ombre d’un buissonnet

Poème

En l’ombre d’ung buissonet,
Tout au long d’une riviere,
Trouvay Robyn le filz Marguet
Qui prioit sa dame chiere
Et luy dit en tel maniere:
« Je vous aime, fin cueur doulx. »
Adonc respondit la bergiere:
« Robin, comment l’entendés vous? »

Partition : En_l’ombre_d’un_buissonnet pour l’ensemble ; mais aussi : Partie-1Partie-2 et Partie-3.

Fichiers midi : les 3 parties ensemble ; Partie-1 ; Partie-2 ; Partie-3.


Nous voyons que les hommes

Jakob Archadelt ou Jacques Arcadelt (ca1507-1568), peut-être élève de Josquin Desprez…

Texte

Nous voyons que les hommes
Font tous vertu d’aimer,
Et sottes qui nous sommes
Voulons l’amour blâmer:

Ce que leur est louable,
Nous tourne à deshonneur
Et faute inexcusable,
Ô dure loi d’honneur.

Nature plus qu’eux sage
Nous en a un corps mis,
Plus propre à cet usage,
Et nous est moins permis.

Nous voyons que les hommes
Font tous vertu d’aimer,
Et sottes qui nous sommes
Voulons l’amour blâmer:

Ô peu de connaissance
De leur trop grand vouloir,
Et de leur impuissance,
Et de notre pouvoir.

Ô malheureuse envie
Des hommes rigoureux,
Qui privent notre vie
Des plaisirs amoureux.

Nous voyons que les hommes
Font tous vertu d’aimer,
Et sottes qui nous sommes
Voulons l’amour blâmer:

Si des le premier âge
Ce sexe audacieux
Par injure et outrage
Voulut forcer les cieux.

Et si fut si moleste            [moleste : dér. du latin molestus, «pénible, désagréable»]
Jadis au dieu des dieux,
Osant son feu celeste
Porter en ces bas lieux.

Nous voyons que les hommes
Font tous vertu d’aimer,
Et sottes qui nous sommes
Voulons l’amour blâmer:

Ce n’est point de merveille
S’il nous a aussi fait
Presqu’injure pareille,
Sans lui avoir méfait.

Ayant par sa malice
Introduit finement,
Qu’aimer ne serait vice,
Qu’aux femmes seulement.

Nous voyons que les hommes
Font tous vertu d’aimer,
Et sottes qui nous sommes
Voulons l’amour blâmer:

Si leur outrecuidance
Surent punir les dieux,
Nous avons espérance
Qu’ils nous vengeront d’eux.

Et sera la vengence
Les uns mourants d’avoir
Eu trop de jouissance,
Les autres de le voir.

Nous voyons que les hommes_Page_1Nous voyons que les hommes_Page_2

Les fichiers mp3 : ligne1, ligne2 et ligne3. ATTENTION : c’est plus lent, pour l’apprentissage : ça se chante presque deux fois plus vite.
La partition en pdf un ton au dessous mais complète (cinq couplets) : Nous voyons que les hommes [complet, en sol] ou bien, sur le site de MuseScore, ici.