Tant que vivray

Sur un texte de Clément Marot :

Tant que vivray en age florissant,
Je serviray Amour le dieu puissant,
En faictz en dictz, en chansons et accords.
Par plusieurs jours m’a tenu languissant,
Mais après dueil m’a faict resjouissant,
Car j’ay l’amour de la belle au gent corps.
Son alliance, c’est ma fiance,
Son coeur est mien, le mien est sien:
Fi de tristesse! Vive liesse,
puisqu’en amours a tant de bien!

Quand je la veulx servir et honorer,
Quand par escriptz vault son nom decorer,
Quand je la veoy et visite souvent,
Les envieux n’en font que murmurer,
Mais nostre amour n’en saurait moins durer,
Autant ou plus en emporte le vent.
Maulgré envie toute ma vie
Je l’aimerai et chanterai:
c’est la première, c’est la dernière,
que j’ai servie et serviray.

La chanson de Sermisy a été publiée par Pierre Attaignant en 1528 [Trente et sept chansons musicales a quatre parties nouvellement et correctement imprimées a Paris par Pierre Attaingnant demourant à la rue de la Harpe pres l’eglise saint Cosme].

La partition est ici : Tant que vivrai (2003 Jean-Luc Roth).

La blanche est à environ 90, si vous voulez régler votre métronome 😉
Pour travailler :

Je n’ai pas trouvé d’interprétation vocale a cappella convaincante ;-(

Version instrumentale :

Version au luth d’après les tablatures d’Attaignant :

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Dindirindin

Chanson catalane anonyme, publiée peu après 1505 dans le Cancionero de Palacio.

Dindirin danya, dindirindin.

Je me levé un bel maitin,
Matineta per la prata;
encontré le ruyseñor,
que cantaba so la rama, dindirindin.

Dindirin danya, dindirindin.

Encontré le ruyseñor,
que cantaba so la rama,
« Ruyseñor, le ruyseñor,
facteme aquesta embaxata, dindirin din. »

Dindirin danya, dindirindin.

« Ruyseñor, le ruyseñor,
facteme aquesta embaxata,
Y digalo a mon ami :
que je ya só maritata, dindirindin. »

Dindirin danya, dindirindin.

Ce qui donne en français :

Dindirin danya, dindirindin.

De bon matin, je me levai
Dans le pré ensoleillé me baladai
Sur une branche
Un rossignol chantait dindirindin

Dindirin danya, dindirindin.

Sur une branche
Un rossignol chantait dindirindin
Rossignol, oh beau rossignol
Rends-moi un fier service

Dindirin danya dindirindin

Rossignol, oh beau rossignol
Rends-moi un fier service
Va dire à mon amour
que je suis marié.

Dindirin danya dindirindin.

La partition tient en une page : dindirindin.

Pour la prononciation :

dindirindin(prononc)

Les King’s Singers la chante :

 

D’autres ensembles en ont proposé des aménagements variés. Ici, les chanteurs et instrumentistes de la Capella de Ministrers (dir. Carles Magraner)


Vous perdez temps

Faussement attribué à Thomas Crecquillon (1505-1557), cette mise en musique du poème de Clément Marot (1496-1544) est de Claudin de Sermisy (1495-1562)…

Le texte

Vous perdez temps de me dire mal d’elle,
Gens qui voulez divertir mon entente:
Plus la blâmez, plus je la trouve belle.
S’ébahist on, si tant je m’en contente?:

La fleur de sa jeunesse
A votre avis rien n’est ce?
N’est ce rien que ses grâces?
Cessez vos grands audaces,

Car mon Amour vaincra votre médire:
Tel en médict, qui pour soi la désire.

La musique

Vous perdez temps de me dire mal d’elle
pour ceux qui aiment jouer avec les clés et veulent une restitution scientifique : vousperdez

Séquence(s) audio pour plus tard 😉 … ce que j’ai entendu pour l’instant est vraiment trop moche ;-(



Mille regretz

Chanson très célèbre dès le XVIème siècle (chanson préférée de Charles Quint, dit-on) dont l’attribution au grand Josquin Desprez a été récemment mise en doute, mais la facture de cette pièce fait bien penser à Josquin.
Infos sur Josquin ici par exemple.

Texte :

Mille regretz de vous habandonner,
Et deslongiers vostre fache amoureuse,
Jay si grant doeul et paine doloreuse,
Quon my verra brief mes jours definer.

En français moderne:

Mille regrets de vous abandonner
et d’être éloigné de votre visage amoureux.
J’ai si grand deuil et peine douloureuse
qu’on me verra vite mes jours terminer.

Musique :

Quelques interprétations plutôt sympathiques :


Reconfortez le petit cueur de moy

Poème

Musique

ici ou là : Janequin-Reconfortez_Le_Petit_Cueur_De_Moy


Belle qui tiens ma vie (pavane)

On présente couramment cette pièce bien connue comme une composition de Thoinot Arbeau. En fait, on trouve cette pièce dans un traité sur la danse publié (Orchésographie, 1589) par Arbeau (de son vrai nom Jehan Tabourot, un chanoine de Langres). Elle est proposée comme exemple de pavane par Arbeau, ce qui ne prouve pas qu’il en soit le compositeur…

Poème :

Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeulx,
Qui m’as l’ame ravie
D’un soubz-ris gracieux,
Viens tost me secourir
Ou me fauldra mourir.

Pourquoy fuis tu mignarde
Si je suis pres de toy,
Quand tes yeulx je regarde
Je me perds dedans moy
Car tes perfections
Changent mes actions.

Tes beautéz & ta grace
Et tes divins propos.
Ont eschauffé la glace
Qui me geloit les os,
Et ont remply mon coeur
D’une amoureuse ardeur.

Mon ame souloit estre
Libre de passions,
Mais amour s’est faict maistre
De mes affections,
Et à mis soubs sa loy
Et mon coeur & ma foy.

Approche donc ma belle
Approche toy mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puis que mon coeur est tien,
Pour mon mal appaiser,
Donne moy un baiser.

Je meurs mon Angelette
Je meurs en te baisant,
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant
A ce coup mes espritz
Sont tous d’amour espris.

Plustost on verra l’Onde
Contre mont reculer
Et plustost l’oeil du monde
Cessera de brusler,
Que l’amour qui m’époinct
Decroisse d’un seul poinct.

On peut noter que cette danse est qualifiée de « grave & pesant » dans la suite du traité.

Musique

partition : Arbeau_Pavane (image ci-dessous)
ou Belle qui tiens ma vie (sur deux portée et en une seule page)
—–partition avec les 7 couplets : Belle qui tiens ma vie (full)—–
fichiers son  (instrumental) fichier midi et fichier mp3. Les accords au piano.
Voir plus bas quelques interprétations

Pavane_Page_2


Il est bel et bon

Texte

Il est bel et bon, commère, mon mari.
Il estoit deux femmes toutes d’ung pays.
Disanst l’une à l’aultre – « Avez bon mary? »
Il ne me courrousse, ne me bat aussy.
Il faict le mesnaige,
Il donne aux poulailles,
Et je prens mes plaisirs.
Commère, c’est pour rire
Quand les poulailles crient:
Petite coquette (co co co co dac), qu’esse-cy?

Musique

La seule partition autorisée est ici et pas ailleurs (sous mot de passe).

Fichiers sonores voix par voix.

On peut aussi écouter l’ensemble de Dominique Visse ici.